Au début des années 2010, qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer sur la voie de l’entrepreneuriat ?
La voie de la folie vous voulez dire ?! (rires)
Vous pensez rétrospectivement que c’était une folie ?
C’est une folie si on considère le modèle économique, le financement. Vous vous engagez dans un engrenage à couts élevés pendant longtemps, qui ne vous apportera pas de retour sur investissement à court terme. De nombreuses start-ups échouent. Nous, il nous a fallu 7 ans pour arriver à cet équilibre financier avec TokTokDoc, qui emploie aujourd’hui 35 personnes.
Vous évoquez TokTokDoc, mais votre carrière d’entrepreneur a débuté avec le Smart Scope. D’où vous est venue cette idée ?
J'étais passionné de technologie. En 2012, les caméras des iPhones sont passées de 1 à 3 millions de pixels. J’ai donc déposé un brevet un an plus tard pour un objectif s’interfaçant entre un smartphone et un otoscope, et alimenté par une batterie. Il permet d'obtenir facilement une image de bonne qualité, que l’on peut envoyer n’importe où. Ce brevet est aujourd’hui exploité par l’entreprise Karl Storz pour produire le Smart Scope.
En 2016, j’ai fait la rencontre de Dan GruÌnstein, spécialisé dans l’intelligence artificielle. Nous avons mis au point un algorithme d’interprétation des images réalisées via Smart Scope, entrainé sur 98 000 images de tympans que j’avais prises et loguées. Avec la startup ClarifAI, nous avons ensuite créé une application d’interprétation d’images de tympan, i-Nside Pro App.
Quel est le lien avec TokTokDoc ?
Nous avions compris l’utilité de pouvoir envoyer des images médicales à distance. On a donc eu l’idée de faire de la télémédecine pour les Ehpad, et c’est là qu’est née TokTokDoc. Aujourd’hui, plus de 600 Ehpad utilisent cette solution : nos infirmières formées envoient des images prises par endoscope, otoscope, dermatoscope... à un médecin à distance. Cette solution a bénéficié d’une expérimentation article 51 pendant 36 mois et nous espérons qu’elle sera généralisée d’ici 2027.
Quel conseil donneriez-vous à un médecin qui veut se lancer sur cette voie ?
Il faut s’assurer qu’il existe bien un marché pour son produit, et qu’il pourra être commercialisé rapidement – d’autant qu’en France, la règlementation est très lourde et change souvent. Mais ça n’est pas tout, il faut aussi être certain qu’on aura bien ce marché avant les autres, et qu’on sera capable de le conserver.
Est-ce que vous avez de nouveaux projets dans les tuyaux ?
J’ai récemment déposé un brevet concernant un intra-auriculaire doté d’une petite caméra et d’une source de lumière fixe. Cela permet d'observer le tympan et donc de nombreuses variations (couleur, position...) qui fournissent des renseignements sur la fréquence cardiaque, respiratoire, la saturation en oxygène, la glycémie... On peut aussi détecter les chutes, les vertiges, l’apnée du sommeil... Ce n’est pour l’instant qu’un concept, et Apple a déposé un brevet similaire il y a quelques mois en Asie et en Amérique.
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