16 Septembre 2022

Primo-prescription des aides auditives : vers une ultime ultime dérogation ?

La dérogation autorisant l’ensemble des médecins généralistes à primo-prescrire un appareillage auditif aux adultes et enfants de plus de 6 ans prend fin le 30 septembre 2022. Néanmoins, l’ultimatum sera-t-il maintenu compte tenu du faible nombre de praticiens formés en otologie médicale ?

Par Ludivine Aubin-Karpinski

À compter du 1er octobre 2022, les médecins généralistes devront justifier d’une formation en otologie médicale pour pouvoir « primo-prescrire » des aides auditives.

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En effet, l’instruction des ministres de l’Économie et de la Santé, signée le 27 décembre 2021 qui repoussait, pour la quatrième fois, l’entrée en vigueur des dispositions de l’arrêté du 14 novembre 2018, arrive à son terme. « Demain, comme avant 2019, toutes les primoprescriptions seront donc sous la signature des ORL et de quelques médecins généralistes formés au travers de DU, DIU ou “d’un DPC d’otologie médicale” », commente le président du CNP d’ORL, le Pr Vincent Darrouzet, dans un communiqué en date du 16 septembre 2022.

Une trentaine de MG formés à ce jour

Or, à une trentaine de médecins généralistes en cours de formation près, la situation n’a pas évolué depuis « l’ultime dérogation ». Retour à la case départ donc avec un afflux croissant de patients, attirés par la réforme du 100 % Santé, et une démographie ORL en décroissance… Or, près d’un quart des primo-prescriptions d’aides auditives relevaient des MG en 2019 ; sans doute beaucoup plus en 2021. L’entonnoir rétrécit à l’entrée du dispositif du 100 % Santé…
Conscient de la situation, le Pr Darrouzet appelle donc les ORL à se saisir de leurs audiomètres, jugeant « très important » qu’ils « aient conscience de la responsabilité qui leur incombent désormais face à l’augmentation très importante des demandes d’accès aux aides auditives en lien avec le succès de la réforme du 100 % santé ». « Il faut absolument que notre profession soit au rendez-vous, ajoute-t-il. Nous serons attendus et regardés. Tous les ORL devront se sentir concernés ».
Le Pr Paul Frappé, président du CMG, confirme la faible pénétration de l’information auprès des médecins généralistes : « Il y a fort à parier que beaucoup de professionnels concernés ne sont pas au courant. Concernant l’activité sommeil, nous avons encore des médecins qui découvrent cette procédure alors que cela fait 18 mois que l’obligation est en vigueur... Il y a donc un gros enjeu pour nous – et pour les patients avant tout – à ce que cette information diffuse le plus possible ».

Un nouveau report conditionné à l’atteinte d’un quota ?

Interviewé par Audiologie Demain en mars, le Pr Lionel Collet, conseiller d’État, n’excluait pas une nouvelle dérogation : « Le nombre de généralistes formés aujourd’hui est quand même très faible, donc on peut s’interroger sur le fait de savoir si on aura suffisamment de prescripteurs et s’il y aura ou non une nouvelle prolongation – bien qu’il ait été écrit qu’il n’y en aurait pas de nouvelle… »
L’une des recommandations du rapport de l’Igas et l’IGÉSR sur la filière auditive, paru en janvier 2022, est bien le report sine die de l’entrée en vigueur de l’obligation, pour les médecins généralistes, d’une formation en otologie médicale « jusqu’à ce qu’un nombre suffisant d’entre eux soient formés ». Les inspections préconisaient de fixer ce quota « de façon concertée » et de financer « tout ou partie des équipements d’exploration fonctionnelle nécessaires chez les médecins généralistes ». Cela permettrait de répondre à l’un des freins potentiels... Reste le manque de motivation, ces professionnels souffrant des mêmes maux que les ORL : une raréfaction de leurs rangs et des agendas déjà bien remplis.

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