42e Congrès des audioprothésistes. Une édition 100 % Santé

Le secteur de l’audioprothèse a renoué avec son congrès professionnel les 18 et 19 mars, après deux années d’interruption du fait de la crise sanitaire. Retrouvailles, formation, recrutement et politique ont fait le sel de cette édition.

Par Ludivine Aubin-Karpinski et Bruno Scala
congres audio 2022

Patrice Tran Ba Huy SDA
Le Pr Patrice Tran Ba Huy, président de l'Académie nationale de médecine, a inauguré le 42e congrès des audioprothésistes.

Cette 42e édition a été inaugurée par le Pr Patrice Tran Ba Huy. En introduction des tables rondes du vendredi matin, le président de l’Académie nationale de médecine est revenu sur les enjeux du 100 % Santé pour la filière auditive. Il n’a pas manqué, à cette occasion, de souligner que, selon lui, les ORL devraient « être les seuls médecins à pouvoir prescrire une prothèse » et que cet acte « ne se résume pas à la simple pratique d’un audiogramme ». Puis, il a rappelé les audioprothésistes à leurs responsabilités, jugeant que « le remboursement total des appareils de classe I – qui déresponsabilise certains patients – semble avoir abouti à un sur-appareillage préjudiciable aux patients eux-mêmes et à l’Assurance maladie » et impose « de réglementer aux mieux ces pratiques parfois excessives ». Concernant la problématique des quotas, le président de l’Académie de médecine a considéré que « la multiplication des centres et des audioprothésistes n’était pas la réponse la plus adaptée pour une prise en charge qualitative des malentendants ».

À ce sujet, lire ou relire notre dossier 100 % Santé, une belle machine à ne pas gripper.


Convention
Ils ont évoqué les nouveautés introduites par la nouvelle Convention : (de gauche à droite) Marc Leclère, président de l’Unocam, Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée de la Cnam, Luis Godinho, président du SDA, Richard Darmon, président du Synea, et Marc Greco, délégué général du Synam.

À l’occasion de la table ronde « Nouvelle convention avec l’Assurance maladie : quelles conséquences pour l’exercice au quotidien ? », Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée de la Cnam, s’est tout d’abord réjouie de la rédaction de ce document qui « a redonné un cadre national à la pratique » des audioprothésistes, professionnels de la LPP, tout en rappelant qu’il n’avait pas de caractère obligatoire. Elle a par ailleurs assuré que l’arrêté interministériel qui doit l’entériner définitivement devrait être signé « dans les prochains jours », sachant que le document a été validé par l’ensemble des parties prenantes fin mars 2021. Le délégué général du Synam, Marc Greco, a salué un texte « ambitieux et novateur », rejoint sur ce point par le président du Synea, Richard Darmon, qui y voit un « outil de modernisation de la profession et d’adaptation indispensable au 100 % Santé ». Le président du SDA, Luis Godinho, en a profité pour rappeler le caractère opérateur-dépendant de l’exercice de l’audioprothèse et plaider pour un repositionnement de la profession dans le champ des métiers de la réadaptation. Ce que n’a pas écarté la directrice déléguée de la Cnam : « Cette convention est une étape qui illustre l’intérêt commun des pouvoirs publics et des audioprothésistes à valoriser ce métier ».
La convention est aussi un « outil de définition du fonctionnement du tiers payant, complément essentiel voire accélérateur de l’accessibilité de l’appareillage », comme l’a précisé le président du Synea. « Nous considérons que le tiers payant doit s’appliquer à tous les produits et à tous les centres et alertons sur le fait que certains organismes l’utilisent au bénéfice d’une démarche commerciale », a-t-il ajouté. Marc Leclère, président de l’Unocam, a fait le constat « d’un taux de recours de 80 % au tiers payant par les audioprothésistes, en augmentation de 30 % depuis 3 ans ». Ce dernier s’est par ailleurs dit attentif à l’effectivité du suivi, car « elle fait partie de la prestation que nous finançons, majoritairement ».

Pour en savoir plus, lire ou relire notre entretien avec Frédéric Giraudet, chargé de mission gérant les professions de la LPP à la Cnam, sur le contenu de la nouvelle convention : « Le 100 % Santé valorise les audios en tant que professionnels de santé, mais nécessite un accompagnement plus étroit ».


Igas
Le rapport tant attendu sur la filière auditive a marqué les esprits en ce début d'année. Les inspecteurs, Amaury Fléges, de l'IGÉSR, Pierre Mainguy et Louis-Charles Viossat, de l'Igas, ont présenté leurs travaux et répondu aux questions de Luis Godinho, président du SDA, Mattthieu Del Rio, président du CNA, et Richard Darmon président du Synea.

Le 100 % Santé et le récent rapport sur la filière auditive étaient en toile de fond de ce 42e salon, organisé par le SDA. La table ronde « Quelles évolutions pour la profession après la mission Igas/IGÉSR et une année de 100 % Santé ? » est revenue sur les principales recommandations de la mission, en présence des trois inspecteurs Louis-Charles Viossat et Pierre Mainguy de l’Igas, et Amaury Fléges, de l’IGÉSR. Si l’ensemble des acteurs ont salué un travail de grande qualité, à la fois d’analyse et de propositions concrètes, Richard Darmon a réitéré son regret que « l’engagement des audioprothésistes » n’ait pas été davantage pris en compte et a insisté sur l’importance de bien distinguer « la grande qualité professionnelle de l’immense majorité » des « pratiques frauduleuses » d’une minorité. Dans une vive diatribe, le président du Synea a ainsi brocardé les « escrocs » qui « n’appliquent pas les règles et profitent du 100 % Santé », pour lesquels « il faut se montrer sans concession ».
Concernant les quotas en audioprothèse, Matthieu Del Rio, président du CNA, a une nouvelle fois appelé à la mesure, qualifiant la période actuelle de « situation euphorique », conduisant à « un effet d’aubaine qui pousse certains à demander davantage d’audioprothésistes », et a ajouté, avec un soupçon de sarcasme, que les préconisations du rapport évaluant les besoins à 150-200 professionnels supplémentaires par an étaient d’ores et déjà « largement » dépassées avec l’arrivée cette année de 100 diplômés issus de cette filière et de 150 l’an prochain. « Bientôt, ils représenteront les deux cinquièmes des audioprothésistes du territoire », a-t-il ajouté. Sur ce point, Amaury Fléges a évoqué l’intérêt d’ouvrir l’accès au DE par la formation continue, qui répondrait aux problématiques des étudiants de cette filière, « sans dire que ceci permettra de régler entièrement la question dite “espagnole” ».
Les inspecteurs ont à maintes reprises souligné l’esprit de consensus qui a présidé tout au long de ce travail d’inspection : « Nous avons cherché la voie moyenne et nous avons écarté les propositions les plus conflictuelles », a commenté Louis-Charles Viossat, donnant pour exemples l’abandon du principe de création de la profession d’audiologiste en France, – « alors même qu’elle existe partout ailleurs dans le monde », a-t-il remarqué –, ou encore du découplage. Toutefois, concernant la dissociation, l’inspecteur a recommandé à la profession de « s’y préparer, en tout cas de creuser le sujet » quand Pierre Mainguy précisait, par la suite, qu’un modèle économique basé sur la performance pourrait en constituer une bonne alternative.
Le président du SDA, Luis Godinho,
n’a pas manqué, lors de cette table ronde, de réagir à l'analyse des inspecteurs concernant les bénéfices d’une consolidation du secteur : « Les études comme Eurotrak montrent au contraire que les pays les moins consolidés sont aussi ceux où la satisfaction est la plus élevée ».

Pour en savoir plus, lire ou relire notre dossier L’Igas pose les bases de la filière auditive de demain.


Complementaires SDA
Quentin Bériot, directeur général de la mutuelle Unéo, et Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française, ont échangé avec Luis Godinho, le président du SDA.

Quentin Bériot, directeur général de la mutuelle Unéo (qui a aligné le remboursement des aides auditives de classe II sur celui de la classe I dès janvier 2021 et avec laquelle le SDA mène une expérimentation), et Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française, étaient les invités de la troisième table ronde du 42e congrès des audioprothésistes sur les « Relations avec les complémentaires : vers un nouveau départ ? ». À cette occasion, Luis Godinho a appelé de ses vœux une négociation nationale entre complémentaires et syndicats – soulignant toutefois que « l’Unocam ne peut pas s’engager pour l’ensemble de ses membres » –, l’universalisation du tiers payant pour la classe I comme pour la classe II et l’alignement a minima du remboursement de la classe II sur celui de la classe I. « Il y a des patients pour lesquels la classe II est indispensable ; c’est essentiel pour les enfants, pour les personnes avec des baisses d’audition importantes ou travaillant dans des milieux bruyants », a-t-il expliqué. Cette dernière demande n’a pas la faveur de la Mutualité française comme l’a confirmé Séverine Salgado, même si « rien n’est gravé dans le marbre ». Réponse de la bergère au berger ?


prix stand
Les stands Unitron, Newson, Entendre, Widex et Phonak, récompensés lors du congrès des audioprothésistes 2022.

Le congrès ne s’était pas tenu pendant deux années, mais les exposants sont revenus plus forts, aidés par la conjoncture très favorable. Les stands étaient spacieux, très qualitatifs et les exposants rivalisaient de créativité pour les animer. D’autant qu’ils ont dû se réinventer en partie, en raison de la loi anti-cadeaux qui interdit désormais certaines manifestations. On notera par exemple le bar à eaux de Phonak. Quatre des principaux fabricants arboraient des espaces imposants, dépassant les 100 voire 150 m² ! Oticon et Starkey avaient même prévu une petite salle privatisable, derrière des parois en verre. Le fabricant américain y a dispensé des mini-conférences sur sa dernière technologie Evolv AI à destination de ses clients.
On imagine donc que la tâche de Christine Dagain (vice-président du SDA), qui décerne à chaque édition les prix récompensant les plus beaux stands, a dû être bien ardue. Luis Godinho a d’ailleurs félicité l’ensemble des exposants en introduction de la remise des prix – précisant par ailleurs qu’il n’avait pas pris part aux délibérations ! Selon lui, des personnalités extérieures au secteur de l’audiologie, en visite sur le congrès, ont été impressionnées par la zone d’exposition.
Cinq stands ont été récompensés cette année. Le « coup de cœur » a été attribué à Unitron, pour son stand « bien conçu, bien aéré, et son atmosphère happy life ».
Le stand de Newson a obtenu la « mention spéciale », en raison notamment de son mur végétal et de son mur d’eau.
Le 3e prix a été décerné à Entendre, pour « le choix des matériaux, l’atmosphère douce et chaleureuse ».
C’est le stand de Widex « chic et chaleureux » qui a obtenu le 2e prix pour son « travail de menuiserie détaillé ».
Enfin, le 1er prix a été attribué à Phonak, pour son stand « à l’architecture très aérée, proposant des espaces propices aux échanges ».

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