En 2024, un cinquième de la population française avait plus de 65 ans et cette proportion augmentera encore dans les prochaines décennies. Face à ce constat, le système de santé doit s’adapter. « C’est la mission des gérontopôles d’accompagner les acteurs dans la compréhension et l’adaptation aux enjeux de la transition démographique », souligne Valérie Bernat, directrice générale du gérontopôle des Pays de la Loire. Notamment leur santé auditive. « La perte d’audition est un véritable enjeu de santé publique. Elle est en effet étroitement corrélée avec le risque de chute, le déclin cognitif et l’isolement social, poursuit-elle. La réhabilitation auditive améliore non seulement la qualité de vie des personnes âgées concernées, mais elle a aussi des effets bénéfiques sur leur entourage et sur les aidants, professionnels ou non. »
Comment donc améliorer le diagnostic et la prise en charge des troubles de l'audition chez les seniors, dans toute leur diversité ? C’est pour répondre à cette question qu’en 2024 le gérontopôle des Pays de la Loire a créé un consortium « Audition et seniors », en partenariat avec la Fondation pour l'Audition. Il rassemble notamment des professionnels de l'audition et de la gérontologie ainsi que des représentants des personnes sourdes ou malentendantes. Deux sous-groupes de travail ont rapidement été créés afin de répondre aux besoins spécifiques des seniors, selon qu’ils sont résidents en Ehpad ou non. « Il s’agit principalement d’améliorer la qualité de vie des premiers, et de préserver l’autonomie des seconds, afin de leur permettre de vivre le plus longtemps possible en bonne santé », précise Valérie Bernat.
Des inégalités territoriales dans l’appareillage
La première initiative lancée par le consortium, dès octobre 2024, a consisté en une étude sur les freins à l’appareillage, avec un focus sur les inégalités territoriales. Niels Knapp-Ziller, chargé de mission action territoriale au gérontopôle, a ainsi analysé finement 1,5 million d’appareillages auditifs, réalisés en France entre 2023 et 2024. « Il ressort notamment que, chez les plus de 55 ans, le taux d’appareillage est plus élevé dans les grands centres urbains et plus faible dans les territoires ruraux à habitat dispersé, détaille-t-il. Or nous n’avons pas observé de corrélation avec la densité du territoire en médecins ou en ORL. » La Dr Sophie Boucher, ORL au CHU d’Angers et membre du consortium, commente : « L’un des buts, c’est aussi d’atteindre toutes ces populations et de ne laisser personne sur le chemin. »
Il s’agit principalement d’améliorer la qualité de vie des [résidents en Ehpad], et de préserver l’autonomie des [malentendants à domicile], afin de leur permettre de vivre le plus longtemps possible en bonne santé.
Valérie Bernat, directrice générale du gérontopôle des Pays de la Loire
Ce premier travail va être complété par une étude de recherche socio-anthropologique. Elle devrait démarrer en 2026 et durer 12 mois. « Elle portera sur le vécu de la perte auditive chez les personnes âgées et les conditions de sa prise en charge, détaille Valérie Bernat. L’étude explorera notamment les liens avec la perte d'autonomie et les vulnérabilités associées, les impacts sur l’intégration sociale et les ressources mobilisables, les freins à l’appareillage ou à une bonne observance et leurs facteurs sociaux... ».
Vers une stratégie d’actions territorialisée
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Un parcours de soin auditif individualisé pour chaque résident, équipé ou non, sera ainsi mis en place. Il sera porté par l’équipe de l’établissement en relation avec des acteurs de santé locaux – audioprothésistes, ORL et orthophonistes notamment. « Leur audition y sera évaluée régulièrement, mais aussi leur communication avec leur famille, le personnel de l’Ehpad et les autres résidents », précise Valentine Dutheillet de Lamothe, coordinatrice de ce projet au Gérontopôle. Le consortium souhaite également soumettre une demande de financement via le dispositif article 51 pour pouvoir faire intervenir des audioprothésistes au sein de l'établissement, « tout en garantissant aux résidents leur droit de choisir les professionnels », souligne la Dr Sophie Boucher. « Nous travaillons en étroite collaboration avec le gérontopôle des Hauts-de-France qui a déjà beaucoup réfléchi sur cette problématique », ajoute-t-elle.
Ces différentes expérimentations nécessiteront des dérogations réglementaires, dans le respect de la déontologie et de l’éthique.
Sophie Boucher, ORL au CHU d’Angers et membre du consortium
Un deuxième projet concerne les personnes à domicile. L’objectif est de prolonger l’autonomie et différer l’entrée en institution, en favorisant l’appareillage mais aussi l’utilisation des aides auditives. « Afin de nous adapter aux particularités de chacun, nous pensons nous appuyer sur les ressources de terrain : les médecins généralistes, les infirmiers, ou d'autres professionnels travaillant à leur contact, précise la Dr Sophie Boucher. Le consortium a par ailleurs souligné l’enjeu crucial d’un dépistage plus précoce de la population, avant la retraite ». Et de souligner : « Ces différentes expérimentations nécessiteront des dérogations réglementaires, dans le respect de la déontologie et de l’éthique ».
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