Et si le jetable n'était plus une fatalité ?

Entre impératifs sanitaires et exigences écologiques, la réutilisation du matériel à usage unique pourrait représenter un levier d’action en audioprothèse. Une désinfection adaptée permettrait une seconde vie à certains dispositifs, sans altérer la fiabilité des mesures.

Par Benoit Peyret, audioprothésiste DE Audiclair Grenoble, et Kenny Beccaria, audioprothésiste DE depuis 2025
(c)Branislava AdobeStock Article4

L’écologie et la santé sont souvent en opposition. En effet, les exigences sanitaires semblent primer sur les considérations environnementales. Pourtant, le secteur de l’audioprothèse n’échappe pas à la question. Peut-on concilier rigueur sanitaire et réduction de l’impact écologique ? C’est à cette problématique que nous avons souhaité apporter des éléments concrets à travers des travaux menés dans le cadre d’un mémoire de fin d’études [1].

Un enjeu écologique et professionnel

Le domaine de l’audioprothèse génère une quantité importante de déchets issus de matériels dits « à usage unique » comme les spéculums, les mousses à inserts ou encore les sondes in vivo. La génération de ces déchets soumet nos populations à des substances et phénomènes, qui sont eux-mêmes délétères pour la santé, comme le souligne un rapport du The Shift Project de 2023 [2].

Selon les recommandations actuelles des fabricants, chacun de ces éléments doit être jeté après utilisation. Or, au regard des volumes manipulés dans les centres, le poids environnemental de ces pratiques devient considérable : consommation de plastique et autres composants, multiplication des emballages et transports associés.

Pourtant, le conduit auditif externe est considéré comme une peau saine. Le matériel en contact avec ce dernier relève de la catégorie des dispositifs « non critiques » selon la classification de Spaulding (Spaulding, 1968) [3]. Théoriquement, il peut donc être désinfecté selon les protocoles adaptés à ce niveau de risque, à l’instar d’un pousse-coton ou d’un otoscope, déjà réutilisés quotidiennement dans nos pratiques.

Une étude concrète sur la réutilisation du matériel

Notre travail avait pour but de vérifier si la désinfection de certains dispositifs à usage unique (sondes in vivo et mousses à inserts) pouvait permettre leur réutilisation sans altérer leurs propriétés acoustiques.

Un protocole de nettoyage et de désinfection a été établi à partir des textes réglementaires disponibles (Société française d’hygiène hospitalière, 2022).

Après plusieurs cycles de désinfection en bac à ultrasons avec une solution de détergent Aniosyme X3 (dix cycles pour les sondes et cinq pour les mousses), aucune modification acoustique significative n’a été observée entre le matériel neuf et désinfecté.

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Figure 1 : Réponses des audioprothésistes à la question : « Si vous aviez le choix entre des instruments réutilisables et à usage unique, que préfèreriez-vous utiliser ? »

Cette stabilité a été testée à la fois par l’audiométrie tonale aux inserts, qui permet de vérifier l’absence d’impact global sur la perception du signal, et par les mesures RECD/ REOG, qui évaluent conjointement la fidélité de la transmission acoustique et la qualité d’occlusion assurée par la mousse dans le conduit auditif.

Pour les sondes in vivo, un même signal a été capté au travers de sondes neuves et désinfectées dix fois. L’écart de mesure avec un signal de référence nous a permis d’évaluer l’impact acoustique des désinfections.

Ces résultats suggèrent que la désinfection n’altère ni la transmission sonore, ni les conditions de couplage acoustique nécessaires à la précision de nos mesures. Ces résultats valident, sur le plan acoustique, la possibilité d’une réutilisation contrôlée de ces dispositifs.

Des résultats encourageants pour une pratique plus durable

Au-delà des mesures, un questionnaire adressé à 63 audioprothésistes a permis d’évaluer la perception de la profession et les volontés futures :

  • 70 % se disent favorables à l’utilisation de matériel réutilisable (figure 1),
  • 9 à 45 %, selon le type de matériel, déclarent déjà réutiliser certains outils (9 % pour les spéculums, 27 % pour les mousses à insert et 45 % pour les sondes in vivo).

Les motivations évoquées sont doubles : écologiques, bien sûr, mais aussi économiques. La contrainte du « tout jetable » représente un cout non négligeable pour les structures, tout en posant question sur la logique commerciale du marquage « usage unique ».

Vers une audioprothèse plus responsable

Cette étude met en lumière la faisabilité d’une réutilisation raisonnée de certains dispositifs, sans compromettre la qualité des mesures. Il reste toutefois des efforts à fournir pour encadrer cette réutilisation dans un cadre uniforme et qui garantisse son innocuité. Il est donc primordial pour cela, comme le rappelle le travail de Goeury et son équipe (2023) [4], que cette pratique soit encadrée par les agences de santé.

Cette étude ouvre aussi la voie à une réflexion plus large sur l’impact écologique de nos pratiques et incite à concevoir des outils réutilisables et conformes aux normes sanitaires ; limiter les emballages et transports inutiles ; développer le rechargeable dans l’offre 100 % Santé, et promouvoir son caractère positif pour l’environnement en comparaison d’une offre à pile ; enfin, encourager les fabricants à la réparation plutôt qu’au remplacement systématique.

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