En 2016, l’école d’audioprothèse de l’université de Montpellier déposait un dossier pour ouvrir sa formation à l’apprentissage auprès du CFA ENSUP-LR (Centre de formation d’apprentis de l’enseignement supérieur de la région Languedoc-Roussillon). Conformément à la politique proposée par les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années, nous étions régulièrement sollicités par l’université et la région qui souhaitaient mettre en œuvre l’apprentissage dans des filières d’excellence.
Ce type de formation avait déjà été expérimenté avec succès par les écoles d’ingénieurs, les DUT et les masters en santé de la région. En 2017, il s’ouvrit à l’audioprothèse, pour la 3e année uniquement, soutenu par des audioprothésistes
Une voie d’excellence
L’apprentissage a permis à l’école de Montpellier d’étoffer son offre de formation en proposant à ceux qui le souhaitent des stages plus longs (8 mois au lieu de 4 en formation classique), tout en assurant un enseignement théorique de haut niveau et ce, dès la seconde année. En 3e année, la période de cours et de TP dure 3 mois et la période de stage 4 mois, ce qui est un peu court pour produire un mémoire scientifique de bonne facture. Le passage à l’apprentissage permet ainsi de bénéficier de plus de temps pour réaliser davantage de mesures, assurer un meilleur suivi des patients et produire un mémoire de qualité, tout en réalisant une meilleure formation professionnelle. Pour compléter cela, le CFA ENSUP-LR propose une application de suivi des apprentis, appelée STUDEA, extrêmement rigoureuse (PV d’installation, fiche de suivi et d’évaluation) que le maître d’apprentissage en entreprise et le tuteur pédagogique à l’université doivent renseigner tout le long de l’année. Autrement dit, les apprentis sont mieux suivis, mieux encadrés et mieux formés que les étudiants en formation classique. En contrepartie, ils travaillent plus et ont moins de vacances. On ne peut pas tout avoir…
Égalité des chances
Auparavant, l’accès à la formation reposait sur un examen d'admission très sélectif et la majorité des étudiants payait très cher des classes préparatoires pour intégrer une école d’audioprothèse. ParcourSup a radicalement changé la sociologie de nos étudiants. Aujourd’hui, ceux-ci sont en majorité des jeunes bacheliers, sélectionnés sur leurs notes de 1re et de terminale, leur parcours extra-scolaire et leurs motivations. Alors que nous comptions 10 % de boursiers à l’époque du concours, ce taux s’élève aujourd’hui à 30 %. Cette nouvelle sociologie est plus en phase avec la société et ce qu’on l’on attend d’une formation académique. Beaucoup d’étudiants nous ont confirmé qu’ils ne se seraient pas orientés vers l’audioprothèse si la formation ne s’était pas ouverte à l’apprentissage. Cette voie garantit donc l’égalité des chances.
Il est intéressant de noter que les étudiants qui choisissent cette voie ont de meilleures notes que les étudiants en formation classique (1 ou 2 points de plus en moyenne) et sont légèrement plus âgés (2 ou 3 ans de plus). Ce sont souvent des étudiants en réorientation ou reconversion, qui ont fait des licences ou des masters dans d’autres domaines voire qui ont déjà été salariés.
Autre point important, deux tiers des étudiants en apprentissage ne sont pas originaires de la région Occitanie, ce qui confirme le caractère attractif de cette voie.
Non seulement les apprentis ne perdent rien au niveau théorique, mais ils sont mieux formés à la pratique du métier, notamment au niveau de la relation avec le patient sur le long terme.
Plus de maîtres d'apprentissage indépendants
Pour sécuriser la qualité de l’enseignement, nous avons respecté les mêmes contraintes que celles préconisées par le Bulletin officiel (BO) de 2001 pour les cours, les travaux pratiques (TP) et les stages. L’agrément des maîtres de stages est évalué en commission pédagogique. Comme pour la formation classique, les étudiants doivent être encadrés physiquement par leur maître d’apprentissage. De plus, ces derniers, comme les maîtres de stage, signent une charte qui les engage à respecter des objectifs et des missions pédagogiques. Non seulement les étudiants ne perdent rien au niveau théorique (cours et TP), mais ils sont mieux formés à la pratique du métier, notamment au niveau de la relation avec le patient sur le long terme.
L’accent mis sur la pratique
Des maîtres d’apprentissage et des étudiants satisfaits
Pouvoir se former tout en bénéficiant d’un salaire constitue un réel soulagement pour les étudiants dont les parents ne bénéficient pas de revenus très élevés. L’apprentissage leur permet ainsi de se concentrer pleinement à leur formation. Nous avons réalisé une enquête auprès des apprentis de Montpellier et des professionnels qui les accueillent. 96 % d’entre eux sont satisfaits ou très satisfaits de l’apprentissage. 57 % des maîtres d’apprentissage se disent très satisfaits contre 72 % chez les étudiants. Cette différence est liée aux nombreux tracas administratifs que les maîtres d’apprentissage ont rencontrés suite à la publication de la fiche RNCP sans la mention « ouvert à l’apprentissage » en début d’année (lire notre article Apprentissage : les coulisses d’un « sauvetage », AD#25). Celle-ci étant désormais corrigée, le taux de très satisfaits devrait sans nul doute augmenter.
Une étude plus approfondie fournit des informations sur les bénéfices de l’apprentissage mis en avant par les étudiants. La mise en pratique régulière des connaissances théoriques, l’acquisition de nouvelles compétences et la rémunération figurent en premier. Arrive loin derrière l’insertion professionnelle, nos étudiants n’ayant aucun problème pour trouver un emploi, apprentissage ou pas (lire notre dossier Audios, le grand mercato, AD#24). De leur côté, les maîtres d’apprentissage y voient l’opportunité de « jauger » les étudiants en vue d’un recrutement futur. Autre atout rapporté par les maîtres d’apprentissage et les étudiants : la plus grande maturité professionnelle des apprentis au sortir de la formation, leur permettant d’être opérationnels immédiatement.
L’école de Montpellier a montré la voie ; celle d’Évreux a suivi, d’autres semblent vouloir aujourd’hui leur emboiter le pas.